Défilé de combattants des YPG/YPJ en 2016. Source : Kurdishstruggle

Gauche radicale : l’offensive turque ouvre un vif débat autour du « Rojava »

L’intervention militaire turque au Nord-Est de la Syrie divise la gauche française. Une partie s’étonne de ce qu’elle considère comme une indignation sélective dans le soutien apporté aux Kurdes des YPG face à l’offensive turque, alors que l’opposition syrienne se fait écraser en silence par le régime d’Assad. Elle va jusqu’à remettre en cause la réalité du projet politique du Rojava. Des critiques inacceptables pour un soutien des YPG dont la réponse comporte quelques amalgames.

Le lancement le 9 octobre dernier de l’opération «Source de paix» par l’armée turque et les factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) contre les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) au Nord de la Syrie a provoqué un virulent débat. L’incursion au «Rojava», territoire jusque-là contrôlé par le YPG — branche militaire du PYD, parti lié au PKK, considéré comme terroriste par la Turquie, l’UE et les États-Unis — a notamment déclenché quelques règlements de comptes au sein de la gauche française.

Conflit entre le Rojava et la Révolution syrienne

Cette passe d’armes sur le site Lundimatin révèle les lignes de fracture qui traversent la gauche française au sujet de la révolution syrienne : alors que quelques uns ont soutenu l’opposition syrienne victime des crimes du régime et de son allié russe, une bonne partie a plutôt pris fait et cause pour les Kurdes depuis la bataille de Kobané, qui s’est achevée en janvier 2015. Le public français — qui se remettait à peine des attentats djihadistes ayant visé la rédaction de l’hebdomadaire Charlie Hebdo et des clients juifs d’un supermarché Hypercacher à Paris — assistait à la première grande victoire militaire contre le califat de l’organisation État Islamique (EI) en Syrie, repoussée par les kurdes des YPG/YPJ (bras armé du PYD — Parti de l’union démocratique, lié au PKK) appuyées par les forces aériennes de la coalition occidentale. L’attitude de la Turquie, elle-même membre de la coalition, faisait déjà l’objet de vives critiques. Un moment charnière et très médiatisé qui a encouragé plusieurs occidentaux — parmi lesquels au moins une dizaine de Français, y compris André Hébert lui-même (1)— à rejoindre les rangs des YPG pour prendre part à la lutte contre l’EI et participer à la construction du «Rojava».

Un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) à Dachida, dans le gouvernorat d’Hassaké, en juin 2018. Source : VOA News

Alliances volatiles

Les auteurs de «la mise au point» tiennent aussi à rappeler que le PYD est allé jusqu’à s’allier militairement avec le régime contre les forces rebelles :

Un combattant de l’Armée syrienne libre (ASL) dans les ruines d’Alep en octobre 2012. Source : VOA News.

La réalité politique du Rojava

«Au milieu d’une guerre d’une telle intensité, les alliances et leurs retournements dépendent moins des schémas idéologiques que des opportunités en rapport avec les nécessités de la guerre», écrivent les auteurs de la «mise au point». «On est dans un conflit avec des forces irrégulières et des gens qui s’engagent parfois juste pour subsister et ne pas mourir de faim. C’est vrai aussi pour les FDS», abonde Historicoblog. Les auteurs du premier texte citent ainsi l’exemple de la Brigade des révolutionnaires de Raqqa, groupe armé par ailleurs décrit par Historicoblog pour France Soir. Cette brigade, menacée par l’EI, avait en effet prêté allégeance à al-Nosra, avant de se réfugier à Kobané et de se rapprocher des YPG. André Hébert, pourtant prompt à agiter l’épouvantail du djihadisme pour disqualifier tous ses adversaires, répond ainsi :

Des membres féminins des forces de police du Rojava (Asayish) à Kobané en 2017. Source : VOA News
  • PYD : Parti de l’union démocratique, parti politique kurde syrien fondé en 2003 dirigé par Salih Muslim et lié au PKK
  • YPG/YPJ : Unités de protection du peuple/Unités de protection de la femme, branche armée du PYD fondée en 2011
  • FDS : Forces démocratiques syriennes, coalition militaire de groupes armés kurdes et arabes dominée par le YPG, fondée en 2015 pour lutter contre l’État Islamique avec le soutien de la coalition occidentale
  • ASL : Armée syrienne libre, coalition de groupes rebelles armés fondée en 2011 pour lutter contre le régime de Bachar al-Assad
  • ANS : Armée nationale syrienne, coalition de groupes rebelles issus de l’ASL soutenus par la Turquie fondée en 2017
  • EI : État Islamique, organisation terroriste djihadiste fondée en 2016 ayant proclamé en 2014 l’instauration d’un califat à cheval sur la Syrie et l’Irak, dirigée par Abou Bakr al-Bagdhadi jusqu’à son assassinat par les américains le 26 octobre 2019

Collectif citoyen francophone contre la désinformation sur la Syrie : des faits et du contexte ! https://twitter.com/SyrieFactuel

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