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Covid-19 : Le virus Vanessa Beeley se propage toujours

La blogueuse conspirationniste pro-Assad manipule la crise du Covid-19 pour discréditer l’opposition syrienne et appeler à la levée des sanctions contre le régime. Dans sa ligne de mire, encore et toujours les Casques blancs, qui essaient tant bien que mal de prévenir l’épidémie à Idleb, région abandonnée par l’aide internationale.

8 min readMar 29, 2020

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Vanessa Beeley, à droite du président Assad (au centre) , en août 2016. Source : Twitter

Depuis quelques semaines, le monde entier subit de plein fouet la pandémie du Covid-19. Pour les civils syriens, cette nouvelle crise s’ajoute à la liste des nombreux drames qui se sont abattus sur eux depuis le début des soulèvements pacifiques en mars 2011. La province d’Idleb, dernier territoire sous le contrôle de groupes rebelles dominés par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham est déjà le théâtre de ce que l’ONU a récemment qualifié de « plus grande histoire d’horreur humanitaire du XXIe siècle ». Depuis décembre 2019, près d’un million de personnes, dont les trois-quarts sont des femmes et des enfants, ont été poussées sur les routes de l’exil par les brutales offensives du régime syrien et de ses alliés russe et iranien qui ciblent de manière indiscriminée civils et combattants dans une logique de punition collective.

Depuis la signature d’un fragile cessez-le-feu entre la Russie et la Turquie après de violents affrontements entre Ankara et Damas début mars, les civils d’Idleb profitent d’une brève pause dans la campagne de bombardements. Un répit d’ores-et-déjà menacé par la propagation du Covid-19 qui fait craindre un cataclysme humanitaire plus grand encore. « C’est triste n’est-ce pas ? Il n’y a plus de bombes, mais le coronavirus va nous tomber dessus d’un moment à l’autre. C’est pour qu’on ne soit pas trop dépaysés », ironise un syrien interrogé par L’Orient-le-jour.

En Syrie, une tragédie est toujours accompagnée par une autre forme de virus qui se propage lui aussi à une vitesse folle : celui de la désinformation et de la propagande. La pandémie du Covid-19 n’y fait pas exception. La blogueuse britannique conspirationniste et pro-Assad Vanessa Beeley vient habilement de trouver un moyen d’utiliser cette crise pour discréditer sa cible favorite : l’organisation de secouristes volontaires des Casques blancs. Dans un article publié le 26 mars sur le média russe pro-Kremlin RT, Vanessa Beeley assure ainsi que « les Casques blancs utilisent le Covid-19 pour pousser la stratégie de la coalition américaine de changement de régime en Syrie ».

De vieilles obsessions recyclées pour le Covid-19

Le portrait de celle qui se présente comme une « journaliste et photographe indépendante ayant abondamment travaillé au Moyen-Orient » ne devrait plus être à faire. Rappelons malgré tout, une fois encore, ses états de service : elle a remis en cause la réalité des attaques du 11 septembre 2001, ainsi que celles du 7 janvier et du 13 novembre 2015. Elle a aussi tenu des propos antisémites et participé à une conférence avec l’humoriste antisémite Dieudonné dans son théâtre de la Main-d’Or. Lors des élections présidentielles de 2017, preuve de son « indépendance », Vanessa Beeley a publiquement apporté son soutien à François Asselineau, leader de l’UPR, parti anti-européen aux rhétoriques confusionnistes.

L’antenne suisse de Reporter sans frontières a écrit à son sujet en 2017 : « Quand bien même elle n’a jamais été publiée dans un média indépendant, il est étonnant qu’elle soit référencée au moins deux cents fois dans les médias russes de propagande (SputnikNews, Russia Today). » En somme, Vanessa Beeley est une blogueuse conspirationniste, et non pas une « journaliste indépendante », qui a pu s’extirper de la confidentialité grâce aux projecteurs des médias pro-Kremlin en diffusant des narratifs convergents avec les intérêts de Moscou.

Lire aussi : Conférences de Vanessa Beeley au Canada : Le microcosme conspirationniste de Montréal

Au sujet de la Syrie, la stratégie de Vanessa Beeley repose essentiellement sur deux axes. Premièrement : attaquer les Casques blancs, en les accusant (sans preuves) de n’être rien de plus qu’un groupe terroriste et allant jusqu’à les qualifier de « cibles légitimes ». Deuxièmement : accuser les Casques blancs de participer à la supposée volonté des pays occidentaux de pousser à un « changement de régime » en Syrie. Un changement de régime qui, en neuf ans de guerre, n’est jamais arrivé, pas même après le franchissement en 2013 de la fameuse « ligne rouge » d’Obama avec les attaques chimiques dont la blogueuse nie de toute façon la réalité.

Son dernier article sur RT au sujet du Covid-19 n’est qu’une énième variation de ce narratif. Selon elle, « la campagne sur le coronavirus des Casques blancs est une exploitation cynique de la pandémie utilisée contre le gouvernement syrien ». Vanessa Beeley fait ici référence aux récents contenus publiés par l’organisation de secours annonçant que ses volontaires se préparaient, de manière préventive et en l’absence d’aide internationale, à la propagation du virus dans les zones tenues par les rebelles.

Tweet des Casques blancs du 23 mars annonçant la désinfection de 146 sites à Idleb, Alep et Hama, dont 5 camps, 23 hôpitaux, 73 mosquées et 49 écoles et universités pour lutter préventivement contre l’épidémie.

Si l’arrivée du virus dans la région d’Idleb au Nord-ouest du pays inquiète tant, c’est tout d’abord en raison de la situation sanitaire déjà catastrophique dans les nombreux camps de déplacés où des centaines de milliers de personnes sont regroupées par dizaines dans des tentes sans qu’il soit possible d’imaginer un quelconque confinement. Mais c’est aussi et surtout en raison de l’état des infrastructures de soin dans la région. Celles-ci ont été annihilées aussi bien par les bombardements des aviations russe et syrienne que par le blocage répété de l’aide humanitaire au Conseil de sécurité des Nations unies par Moscou.

À ce jour, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a apporté son aide à la Syrie que dans les zones tenues par le régime, qui n’a annoncé officiellement que 5 cas de contamination. Quelques 300 kits devaient officiellement arriver à Idleb le 25 mars dernier, l’OMS envisageant d’en fournir 2000 de plus. Pour expliquer ce délai, un porte-parole de l’OMS a répondu dans un article du New York Times paru le 19 mars que l’OMS a distribué ces kits aux agences sanitaires gouvernementales en premier car « le Nord-ouest n’est pas un pays ».

Chantage aux sanctions

En résumé, contre la pandémie, les civils d’Idleb et les quelques organisations humanitaires qui font difficilement face à une situation déjà déplorable, sont pour l’instant livrés à eux-mêmes. Les mesures préventives mises en place par les Casques blancs semblent d’ailleurs bien dérisoires face à l’ampleur du chaos annoncé. Mais il n’y a personne d’autre.

Pourtant, Vanessa Beeley affirme que l’état de délabrement des services sanitaires syriens n’est dû qu’aux sanctions internationales contre le régime. « L’organisation des Casques blancs, liée à al-Qaïda (sic) s’est empressée de défendre les sanctions, condamnant ainsi la vaste majorité du peuple syrien à encore plus de misère si la pandémie venait à gagner la Syrie. » Les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne ne seraient pour elle qu’un moyen parmi d’autres pour faire tomber Bachar al-Assad. Pour développer cette idée, Vanessa Beeley est déjà allé jusqu’à agiter des épouvantails antisémites en y voyant la marque du milliardaire américain George Soros et, toujours pour être digne de son étiquette de « journaliste indépendante », a fourni gracieusement ses arguments à la délégation russe des Nations unies pour permettre au Kremlin de nourrir sa propagande.

Probablement consciente malgré tout qu’il peut paraître compliqué de défendre un gouvernement qui a délibérément détruit des hôpitaux dans les zones hors de son contrôle tout au long du conflit, elle justifie plus loin ces bombardements ainsi : « Le communiqué [des Casques blancs] est basé sur de fausses informations et sur un narratif malhonnête, prétendant par exemple que la Syrie et la Russie ciblent délibérément les hôpitaux et en omettant que ces hôpitaux sont invariablement capturés par des groupes armés liés à al-Qaïda dans les territoires sous leur contrôle et transformés en centre de triage terroristes (sic), en prisons, en tribunaux, en quartiers militaires et en salles de torture. » Une rhétorique ancienne permettant ainsi de justifier, sans jamais apporter de preuves, la destruction d’hôpitaux censés être protégés par le droit humanitaire international.

Lire aussi : Quand Rachad Antonius relaie la désinformation sur les « Casques blancs »

Vanessa Beeley, qui malgré la crise mondiale ne perd pas le Nord, voit donc dans le récent communiqué des Casques blancs la preuve ultime de leur stratégie pour faire tomber Bachar al-Assad. « Si les Casques blancs étaient autre chose qu’un groupe extrémiste né d’une construction propagandiste pour implémenter la politique américaine de changement de régime contre la Syrie, ils auraient demandé l’abrogation des sanctions afin de permettre au pays de répondre collectivement à la crise du coronavirus. » Ce que les Casques blancs réclament depuis des années, c’est la protection des populations, avec la mise en place d’une « no-fly zone » au-dessus des territoires rebelles pour mettre fin aux bombardements et à la mort des civils. Mais Vanessa Beeley leur demande d’accepter la fin des sanctions contre un régime qui les cible délibérément, et ce pour répondre à une crise face à laquelle les civils d’Idleb sont seuls et affaiblis par les actions de ce même régime, qui a pour l’instant été le seul bénéficiaire de l’aide internationale face à la pandémie. Un véritable exploit de gymnastique.

Communiqué des Casques blancs posté le 22 mars sur Twitter en réponse aux demandes du régime d’alléger les sanctions internationales au prétexte de lutter contre l’épidémie.

La blogueuse utilise ainsi, avec un cynisme consommé, la crise du Covid-19 non seulement pour tenter de discréditer, une fois de plus, les Casques blancs, mais surtout pour relayer l’appel de Bachar al-Assad à lever les sanctions internationales au prétexte de lutter contre l’épidémie. Un chantage qui ne tient pas la route, comme l’expliquent eux-mêmes les Casques blancs dans le communiqué cité par Beeley. En effet, le secteur sanitaire syrien n’est pas directement visé par ces sanctions. Auquel cas, l’OMS serait elle-même en pleine violation du droit international en livrant des kits de tests au régime.

Or, « les agences de l’ONU comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont permis au régime d’Assad de mettre la main sur les 30 milliards de dollars de la réponse humanitaire, utilisant les donations pour contourner les sanctions et nourrir l’effort de guerre du gouvernement », notait Foreign Affairs en 2018. Un détournement de l’aide internationale également dénoncée par Human Rights Watch. Prétendre que lever les sanctions contre le régime lui permettrait de mieux lutter contre l’épidémie alors qu’elles ont pour principal objectif de ralentir — en vain — ses efforts de guerre est donc un mensonge.

Ainsi, comme le note le communiqué des Casques blancs : « Le régime syrien n’est pas concerné par le sort des Syriens ni par leur santé, et toute aide autre que médicale envoyée au régime pour être distribuée dans les régions sous son contrôle sera probablement utilisée pour commettre plus d’assassinats et pour réprimer et déposséder les Syriens des éléments les plus basiques de dignité et de santé. »

En prétendant vouloir défendre « le peuple syrien » contre l’épidémie, Vanessa Beeley s’évertue une fois de plus à relayer les arguments du régime. Une tribune généreusement offerte par un média contrôlé par le meilleur allié de Bachar al-Assad, la Russie, qui souhaite elle aussi la levée des sanctions internationales contre son protégé, Covid-19 ou pas.

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Syrie Factuel
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Written by Syrie Factuel

Collectif citoyen francophone contre la désinformation sur la Syrie : des faits et du contexte ! https://twitter.com/SyrieFactuel